Je reviens du marchand de journaux où, fidèle à mon habitude, j'ai parcouru les revues musicales. En revenant, je me suis interrogé sur ce qu'on appelle le « retour du rock ». C'est un sujet un peu tarte à la crème, j'en conviens, mais sur lequel je me pose beaucoup de questions. Je ne vais pas faire celui qui veut se démarquer à tout prix et suis bien obligé de reconnaître que ce mouvement me touche pour plusieurs raisons, notamment des raisons personnelles.
A l'aube de cette décennie, je décidai de me consacrer à mon projet solo : j'étais extrêmement découragé par la notion de groupe, je n'avais jamais réussi à rencontrer des gens partageant à la fois mes goûts et mes envies. Par ailleurs, j'avais depuis peu un ordinateur avec des logiciels piratés, séquenceurs et banques d'effets, j'avais tout ce qu'il faut pour être un groupe à moi tout seul. Sauf que je passais un temps fou à travailler sur des détails, à remodeler les boucles rythmiques et essayer tous les effets. Surtout, je rentrais du travail où j'avais déjà passé huit heures devant un écran d'ordinateur pour me recoller... devant un écran d'ordinateur et faire du copier-coller. Aussi, lorsque la première vague rock a déferlé vers 2001-2002, je me suis rendu compte à quel point j'avais perdu de vue quelques valeurs essentielles : l'énergie, le feeling, le fun. Parallèlement à ma découverte des Rapture, Interpol ou encore Radio 4, j'ai recommencé à jouer en groupe, avec William d'abord, puis avec &ND : j'ai ainsi retrouvé des sensations brutes, de la spontanéité. &ND, c'est un peu mon retour du rock à moi.

Cela dit, je n'adhère pas à tout ce que représente le « retour du rock », en particulier cette promotion d'une esthétique « garage » qui ne me fascine pas du tout et qui cache trop souvent un mépris de l'ambition artistique. Prenons pour exemples les groupes “The Kills” et “And you will know us by the Trail of Dead”. Les premiers, un duo minimaliste composé d'un homme et une femme, jouissent d'une excellente presse qui les qualifie de sauvages et sexy. Je les ai vus sur scène, suite à un album que j'avais, de fait, apprécié et j'ai trouvé que c'était du chiqué. La fille arpente la scène de long en large en fumant sa clope et s'approche de temps à autre du micro pour prononcer quelques phrases inaudibles, le tout sans jamais adresser un regard ou une parole à un public parisien manifestement ravi : un peu de chaleur aurait certainement été du plus mauvais goût !
Sans compter leurs interviews où se multiplient les déclarations péremptoires du style « C'est elle et moi contre le reste du monde », « Il y a des gens qui viennent nous voir et nous disent qu'ils baisent sur notre musique » ; pour reprendre les propos très pertinents de mon ami Jérôme, « Il y a aussi des gens qui baisent sur Pierre Perret ».
Les « And you will know us by the Trail of Dead » sont, quant à eux, un groupe texan portant un nom à coucher dehors (le plus souvent résumé à « Trail of Dead ») et produisant des albums puissants et audacieux avec une dimension épique jamais vulgaire. Leurs concerts sont des expériences soniques ebouriffantes, intenses et généreuses. Eh bien la presse s'en fout. Voire les méprise : j'ai lu, à ce titre, dans la revue « Newcomer » (que j'ai pourtant longtemps aimée) une chronique d'une stupidité effarante qui stigmatisait leur ambition artistique en affirmant que « ces gens-là devraient apprendre la modestie, à coups de pied dans le cul si possible ». Sans commentaire.

Avec &ND, nous privilégions le plaisir et l'énergie mais nous essayons également de creuser notre identité, notre son. Notre dernier morceau, « Tennis anyone ? », bientôt en ligne, marque une avancée significative de notre musique. Nous progressons à chaque mix et j'espère que nous allons continuer à progresser. Je n'ai pas envie _ et je crois que Vincent, William et Yann partagent mon opinion _ de nous voir nous enliser dans un amateurisme autocomplaisant, de jouer les faux modestes ou les faux cools. En conclusion, le retour du rock, oui. Le rock pauvre, non.
Histoires stupides, détails personnels, pensées insolites et autres débats sans autre intérêt que nous faire marrer. N'oubliez pas, on peut rire de tout du moment que ça nous amuse !